Le Dauphin Rose d'Amazonie, également connu sous le nom de Boto ou d'Inia de Geoffroy, est le plus grand des tous les dauphins de rivière. Il peut facilement atteindre la taille de 2,8 mètres et peser jusqu'à 150 kilos.
Véritable fossile vivant qui a su conserver l'aspect des premiers dauphins du Tertiaire, le Boto a quitté les flots salés de l'océan, il y a de cela plusieurs dizaines de milliers d'années, pour remonter peu à peu les fleuves et s'adapter à la vie en eau douce.
Mieux encore, on peut dire dans son cas qu'il s'agit vraiment d'un "dauphin de la forêt pluvieuse", car là où il habite, dans les eaux sombres de l'Amazone ou de l'Orénoque, la jungle est massivement inondée chaque saison pendant six mois. Elle se transforme alors en une étrange forêt aquatique où les poissons volent de branche en branche pour y manger les fruits et les baies, entre les feuilles de la canopée.
En cette jungle engloutie, vivent également la loutre géante, le caïman, le lamantin... et bien sûr le "féroce" piranha dont le boto fait son ordinaire, quoiqu'il lui préfère le poisson-chat ou l'une des cinquante espèces de poissons et autres crustacés qui figurent à son menu.
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Le grand corps primitif de notre cétacé des fleuves, dont la coloration varie du gris sombre au rose le plus éclatant selon âge, son humeur ou la turpidité des eaux où il nage, s'est admirablement adapté à ce type d'habitat.
A l'instar des autres odontocètes, le boto repère ses proies grâce à l'écholocation.
Sans cesse, son front bombé émet des salves de clicks et se déforme ainsi que peut le faire celui du bélouga, pour renforcer l'effet de loupe.
Même si ses yeux sont minuscules, ils sont pourtant bien fonctionnels et non pas aveugles comme ceux de son cousin du Gange.
Sa tête mobile montée sur un cou flexible, son aileron dorsal surbaissé et ses nageoires souples larges comme des ailes permettent enfin au dauphin rose de se faufiler le ventre en l'air et même parfois en marche arrière, dans l'entrelacs vaseux des troncs, des racines et des feuilles immergées.
Au cours de brèves plongées qui n'excèdent pas les deux minutes, il y poursuit ses proies en mode de chasse individuel. Son rostre interminable orné de petites vibrisses - un autre trait primitif - est d'ailleurs d'une puissance peu commune et peut broyer d'un seul coup les poissons cuirassés qui survivent encore dans ces régions du monde.
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Un drac de l'amazone
On sait peu de choses sur le mode de vie de cet être fantomatique qui évolue avec lenteur et surgit tout doucement près du flanc des bateaux depuis les fonds obscurs, sans que nul ne la voit s'approcher.
Son souffle produit un bruit étrange et ses émissions de bulles viennent parfois caresser la main qui traîne dans le sillage. Il lui arrive cependant aussi de sauter hors de l'eau dans la lumière du soir, pour
exprimer sa joie de vivre.
Le dauphin rose s'intéresse à l'Animal Humain, qui constitue pourtant son seul et unique prédateur.
Il suit volontiers les pirogues qui traversent son territoire, il sauve, dit-on, les imprudents de la noyade et collabore même avec les pêcheurs. On dit aussi qu'il vole les pagaies des bateaux par jeu.
Toutes les légendes locales affirment de manière péremptoire que le boto se transforme en humain quand il veut et qu'il se promène le soir sur la plage, vêtu de beaux habits blancs et coiffé d'un chapeau. Son but est de séduire les jeunes indiennes et de les emmener à jamais dans son royaume enchanté sous les eaux noires, à la manière des Dracs mythiques de nos rivières européennes.
Nombreux sont les témoins qui jurent l'avoir surpris sous ce déguisement magique.
Dès qu'il est découvert, le dauphin enlève son couvre-chef et replonge dans l'eau sous sa forme initiale. Nombreuses sont aussi les jeunes filles enceintes d'un amant inconnu, qui prétendent avoir été séduites de force par ces visiteurs de la nuit.
L'image du boto est à cet égard ambiguë, voire dangereuse : on se garde bien de le tuer ou de le blesser de quelque manière, car la légende veut qu'il puisse lancer des sorts par l'évent comme des flèches ou se venger après sa mort.
Malheureusement, les nouveaux habitants de ces régions, qui ne respectent plus guère les traditions anciennes, ont tendance aujourd'hui à tuer l'animal pour lui prélever son sexe ou ses yeux, extrêmement réputés comme aphrodisiaques par les vendeurs de médecines chinoises.
Les incendies incessants qui ravagent toute l'Amazonie, les barrages, la pollution, les explosions provoquées par les prospecteurs industriels dans la région menacent par ailleurs gravement la survie des dauphins roses, quoique ceux-ci révèlent d'étonnantes capacités à survivre dans un monde de plus en plus difficile.
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Un cerveau performant
On aurait tort de croire en effet que du fait leur aspect presque préhistorique, les botos le sont aussi sur le plan intellectuel. Bien au contraire !
Ce sont des créatures de capacités cognitives très pointues et donc capables de s'adapter très vite face aux défis que leur impose la pression croissante de notre espèce sur leur biotope d'origine.
Pur autant que nous le sachions, car ses cultures variées restent encore mystérieuses, le dauphin rose manifeste autant d'intelligence et de curiosité que le dauphin Tursiops, dont il partage d'ailleurs le même coefficient cérébral (rapport du poids du corps au poids du cerveau).
Son encéphale extrêmement développé est de 40% supérieur en volume à celui de l'être humain. Il siffle et clique comme tous les autres odontocètes mais produit des sons atypiques qui font l'objet d'études aujourd'hui.
(Lire notamment : Vocalizations of Amazon River Dolphins,)
Longtemps réputé solitaire ou peu sociable et incarcéré seul à ce titre en delphinarium, le dauphin rose vit en fait au sein de groupes familiaux de taille variable (5 à 8 individus), apparemment placés sous la guidance d'un mâle dominant.
Pendant la saison des inondations, le boto chasse seul, indépendamment de son groupe mais le reste du temps, les familles se regroupent en plus vastes tribus (de 35 jusqu'à plus de 100 dauphins parfois) qui pêchent alors en coopération dans des eaux profondes et dégagées.
C'est à cette occasion qu'on les aperçoit accompagnés d'une autre espèce de dauphins d'eau douce, les charmants petits Tucuxis (prononcer "toukoushi").
De couleur grise, ceux-ci sont de taille beaucoup plus réduite et leur forme évoque un peu celle de Tursiops en miniature. Vifs et craintifs, rapides sur la balle, ne circulant qu'en bandes et familiers des profondeurs, ces petits lutins à nageoires vivent indifféremment dans l'eau de mer ou l'eau douce, où ils chassent en groupes bien coordonnés. On les aperçoit souvent aux côtés de leur grand frère boto, se déplaçant côte à côte en parfaite harmonie.
Les enfants de ces deux espèces jouent couramment ensemble durant les heures chaudes de l'après-midi, ainsi que le font les jeunes babouins et chimpanzés.
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Les champions de la survie en captivité
Malgré une chaude alerte à la fin des années 90 - plusieurs campagnes de capture ont été arrêtées de justesse- et le fait que nombre de delphinariums aimeraient pouvoir posséder ces dauphins d'eau douce si peu coûteux à maintenir en vie, il ne reste dans le monde que deux botos encore détenus en captivité.
On imagine mal, en effet, comment ces habitants d'un monde d'une richesse inouïe en termes de biodiversité, parviennent à supporter les conditions de confinement que ce type de vie leur impose.
Et pourtant, ils y survivent, et même bien plus longtemps que la plupart de autres dauphins captifs, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes.
Le Zoo de Duisburg détient ainsi, dans des conditions d'enfermement pourtant scandaleuses, deux dauphins roses capturés dans l'Orénoque depuis bientôt...trente ans. Comment font-ils pour tenir dans cette cuve en métal noir qui leur sert de bassin ? Mystère !
Peut-être sortent-ils la nuit pour engrosser quelque "Gretchen" à tresses et cheveux blonds dans cette ville sinistre de la Ruhr industrielle ?
Un observateur a remarqué que ces deux captifs, nommés Butu et Apure, mais mieux connus sous le sobriquet de "Papa" et "Bébé" (Vater und Baby) s'amusent à créer des rideaux des bulles au travers desquelles l'un ou l'autre se plaisent à nager.
Le dauphin le plus âgé, Vater, s'empare généralement d'une brosse en chien dents qui traîne au fond du bassin en guise de jouet. En entraînant rapidement l'objet vers le bas dans son rostre, Vater parvient à créer un rideau de petites bulles scintillantes dans lequel vient se lover et se rouler son compagnon Baby avec un plaisir évident. Ce genre de jacuzzi improvisé a manifestement pour but de provoquer un massage caressant délicat et subtil.
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Un autre témoignage, daté de juilet 2004, nous est livré par Pamela Carzon, sur le site de son association Nomades des Océans :
"Rencontrés au détour d'un panneau "Aquarium", ces deux dauphins blancs à la peau très abîmée ressemblent à deux gros intestins trempés dans du formol. Leurs pectorales sont longues et larges, leur rostre long et fin, leur corps mou.
Ils font preuve d'une grâce et d'une agilité incroyables. Effarée devant le triste tableau de ces deux créatures si loin des reliefs tortueux de l'Amazone, je me retrouve là devant une cuve de béton stérile, un pneu planté dans son milieu. Deux coups de leurs énormes nageoires et le tour en est fait.
Une eau pourrie, des dauphins si fascinants. Je suis étonnée par le degré d'intelligence des comportements qu'ils daignent me laisser observer. Ils sont passionnants. Les deux mesurent entre 2 et 2,5 mètres et arborent le même sourire que leurs cousins marins. Leur corps semble élastique, parsemé de multiples cicatrices. Ils se tordent dans tous les sens.
Capturés en 1975 au Vénézuela, des dauphins, baptisés Butu et Apure vivent dans ce bassin sordide depuis près de 30 ans !
Au début, les deux Cétacés nagent ensemble dans un synchronisme parfait. Des petits ballons et cerceaux traînent en surface, maigre pitance. Le plus petit des deux passe dans une partie annexe, dont le fond est plus haut. Je ne vois plus que sa tête reposer sur le béton surélevé.
L'autre continue de tourner en rond, arborant quelquefois une érection. Son pénis est placé plus en avant du corps que chez les autres dauphins marins. Il pousse parfois des pointes et créé des remous en surface. Il nage dans tous les sens, tantôt sur le dos, tantôt sur le ventre, ses mouvements paraissent presque exagérés. Ils ressemblent à ceux des Bélugas, mais en plus rapide.
Il passe près des vitres, s'y frotte, puis attrape un cerceau et l'enfile dans son rostre. Il ouvre un peu la gueule, bloquée par le cerceau, émet quelques bulles par son évent puis se dirige vers l'autre dauphin et se pose à la verticale, la caudale posée sur le sol. Son corps entier fait presque la taille de la profondeur du bassin. Il tend le cerceau au deuxième dauphin; ce dernier ouvre un peu la gueule; les deux vocalisent, s'échangent quelques mots.
Le mâle recommence à tourner, quelques bulles s'échappent de son évent. Il attrape un second cerceau en surface et apporte les deux à son compagnon, comme s'il s'agissait d'une offrande. Le deuxième dauphin est toujours allongé dans l'enfoncement. Immobile. Ce comportement est vraiment étonnant et ne justifie pas, une fois de plus, la mise en captivité de ces merveilleux Mammifères... "
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De manière générale, et même si le sexe en érection évoqué ci-dessus sert surtout d'outil de perception tactile chez la plupart des dauphins, de la même manière et avec une sensibilité égale à notre propre doigt, les dauphins de rivière sont réputés être de grands amoureux en captivité et déploient des comportement sexuels d'un extrême inventivité.
Plus encore que leurs cousins océaniques, il semble qu'ils trouvent là une forme de soulagement au stress que représente pour eux la vie dans un milieu confiné.
Mais d'autres réagissent par l'agressivité :
Ainsi, ce pauvre Chuckle, maintenu pendant 28 ans au Zoo de Pittsburgh Zoo et décédé aujourd'hui, s'est rendu célèbre par les violentes morsures qu'il infligeait à ses visiteurs.
Il est vrai qu'il vivait complètement seul dans son trou d'eau, alors que les deux détenus de Duisburg ont pu littéralement se perdre et s'oublier dans leurs jeux intimes et leur contemplation mutuelle, en tournant le dos à l'environnement de leur sinistre aquarium germanique.
Ce sont là les derniers témoins encore vivants des terrifiantes razzias menées par le Dr Wolfgang Gewalt dans les années 60 et 70 aux fins d'alimenter de manière spectaculaire les geôles de son tout nouveau Zoo (à l'époque).
Qu'a-t-on appris du vrai monde des botos en enfermant ainsi ces créatures subtiles et douces pendant trois décennies ? Pas grand chose.
Le public allemand est-il aujourd'hui plus sensible à leur sort qu'autrefois ?
On en doute.
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